Troubles du comportement alimentaire (TCA) chez les sportifs : comprendre, prévenir, accompagner
- JESSICA CHAVANNE
- 19 nov.
- 4 min de lecture
Introduction : Quand la performance masque la souffrance
Dans le sport de haut niveau, le mental est une arme.
Mais il peut aussi devenir une prison. Et s’il est un sujet encore trop peu abordé dans le monde sportif, c’est bien celui des troubles du comportement alimentaire (TCA).
Athlètes, coachs, kinés, parents, préparateurs physiques : Ce que vous allez lire ici devrait faire partie de toute préparation à la performance durable.
Car les TCA ne sont pas une question de nourriture.
Ils sont souvent l’expression d’un mal-être profond, d’une volonté de maîtrise, ou d’une pression insoutenable.
C’est avec cette intention que j’ai réalisé un live Instagram avec Matthieu Dupont, nutritionniste spécialisé dans le sport et fondateur de Easy Nutri. En tant qu’athlète touchée plus jeune par les TCA et aujourd’hui coach mental en haute performance, j’avais à cœur d’ouvrir cet espace de dialogue.
Voici ce que vous devez savoir pour repérer, comprendre et agir.
Définir les troubles du comportement alimentaire (TCA)
Les TCA ne sont pas de simples "problèmes d’alimentation".
Ce sont de véritables pathologies psychiques, référencées dans le manuel diagnostique DSM-5.
Les 3 TCA principaux chez les sportifs :
1. L’anorexie mentale
Restriction volontaire des apports alimentaires dans un objectif de maîtrise du poids, souvent associée à une image corporelle déformée.
2. La boulimie
Prises alimentaires incontrôlées suivies de comportements compensatoires (vomissements, sport excessif, jeûne, laxatifs).
L’alimentation devient un cycle de perte de contrôle et de culpabilité.
3. L’hyperphagie
Crises similaires à la boulimie mais sans compensation ensuite.
Elle touche de plus en plus d’athlètes.
→ Chez les sportifs, ces TCA sont souvent invisibles car cachés derrière des comportements "disciplinés".
Une statistique SUR LES TCA qui fait réfléchir
Chez les femmes sportives : entre 6% et 45% sont touchées par un TCA.
Chez les hommes : 0% à 19%, en augmentation constante.
Ces chiffres trahissent la difficulté à détecter les TCA, souvent cachés ou niés, parfois non conscients par la personne elle-même.
Le lien TCA, sport et pression de performance
Le sport de haut niveau favorise deux conditions propices aux TCA :
1. Le contrôle mental
Dans l’entraînement, tout est planifié : les charges, les séances, les récupérations.
Ce besoin de maîtrise peut déborder sur l’assiette.
"Si je maîtrise mon poids, je maîtrise ma performance"
Ce raccourci cognitif est l’un des plus courants chez les athlètes. Il installe une équation alimentaire rigide, mathématique, déconnectée des sensations corporelles.
2. La pression externe
Un coach qui dit : "Si tu perds 2 kilos, tu passes le cut".
Un proche qui lance : "Tu reprends encore des pâtes ?"
Ces remarques, même isolées, peuvent enclencher un contrôle alimentaire obsessionnel, surtout chez des sportifs perfectionnistes, sensibles ou jeunes.
Le corps déconnecté : symptôme ou cause ?
Un des signes majeurs du TCA est la rupture avec les signaux corporels :
Ne plus sentir la faim ou la satiété.
Se forcer à manger ou à jeûner.
Faire du sport pour "brûler ce qu’on a mangé".
Prendre des laxatifs pour éliminer et vider le corps et le poids sur la balance.
"Le corps devient un champ de bataille, au lieu d'être un partenaire de performance."
Le travail d’accompagnement consiste alors à ramener du ressenti, de la flexibilité et de l’humanité dans le rapport à l’assiette.

Le RED-S : conséquences physiologiques d’un déficit chronique
Lorsqu’un TCA dure, il peut entraîner un Relative Energy Deficiency in Sport (RED-S), anciennement appelé "triade de l’athlète féminine".
Effets du RED-S :
Perte de densité osseuse → fractures de fatigue
Troubles menstruels → absence de cycle (aménorhée)
Fatigue chronique
Chute de cheveux, ongles cassants
Troubles digestifs
Diminution de la performance
Et ce, même sans TCA diagnostiqué, car il suffit d’un déficit énergétique répété pour que le corps se mette en mode "survie".
Sortir de la prison : retrouver la liberté de performer
La "lune de miel" des TCA peut durer des semaines ou des mois.
On perd du poids, on se sent "en maîtrise", on est validé par les autres.
Puis vient la descente : Fatigue, blessures, isolement, perte de joie, voire dépression.
La sortie des TCA passe par :
Un accompagnement psychologique avec des experts spécialisés.
Un travail de reconnexion au corps, aux émotions et aux besoins.
Une libération du contrôle mental.
"Ce n’est pas la performance qui guérit et c’est la paix intérieure qui permet de performer."
Pour aller plus loin : accompagnement & ressources
Merci à Matthieu Dupont pour son expertise précieuse dans ce live.

Retrouvez-le ici :
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Auteur : Jessica Chavanne – Coach performance mentale, double championne du monde et d'Europe de jet-ski à bras, fondatrice de Propulsion Mentale.






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